Message de Philippe, ce jeudi 28 mai, 13h (à Poitiers)

Flash back (épisode 4)

Jeudi 14 Mai : Beau temps glacial. Nous enfilons toutes les couches de vêtements que nous possédons. Nous avons finalement passé 6 nuits sous notre sérac, dont 4 de tempête, à nous demander combien de temps il nous restait à vivre… Chacun a géré l’angoisse à sa façon, mais nous avons pu continuer à boire nos 4 litres de neige fondue par jour et à nous alimenter correctement.

Enfin, nous montons à la vitesse de l’escargot à cause de la poudreuse accumulée et nous installons le camp à 6 400 mètres grâce à 2 allers-retours dans la journée.

Vendredi 15 Mai : Objectif : retrouver la tente pleine de matériels, du gaz notamment, que nous avions laissée avant la tempête. Nous avons les coordonnées GPS, mais à 20 mètres près, vagues. Un des sherpas est plus efficace que la haute technologie: sonde en bambou, intuition, il ne nous faut que 4 heures d’efforts avec de la neige jusqu’au cou.

Retour au camp 4. D’autres humains montés du camp de base, nous ont enfin rejoint. Une anecdote: selon Laurent, qui est resté plusieurs jours malade au camp de base, nous passions pour morts…

Samedi 16 Mai : Progression normale, nous installons le camp suivant à 6 800 mètres et faisons 2 portages (cela devient plus facile, le poids de nourriture à transporter diminuant).

Dimanche 17 Mai : Nous sommes encore cloués au camp, par le vent cette fois. 70km/h, rafales à plus de 100, la tente est définitivement l’espace de survie. Nous sommes réellement bien acclimatés et nous ne souffrons pas trop, contrairement aux cordées qui montent et descendent, s’épuisent, manquent d’alimentation et d’hydratation. Lorsqu’ils arrivent, ils ont tout juste la force de monter leurs tentes et s’écroulent alors qu’ils devraient boire 2 litres d’eau minimum ; c’est ce qui est arrivé à 2 italiens l’autre jour, l’un est mort de déshydratation et l’autre a été sauvé in extrémis par des médecins espagnols au camp de base.

Lundi 18 Mai : Mauvaise nuit à cause de deux débuts de gelure aux pouces, qui m’inquiètent. La journée est marquée par une autre péripétie. François veut nous filmer, il s’installe plus haut dans la pente. Ambiance tourbillon de neige à 50km/h, ce doit être effectivement très joli dans le soleil! Nous montons vers lui. Une énorme rafale nous cloue soudain au sol et son sac à dos qu’il avait posé sur la neige s’envole comme un fétu de paille. François hurle son désespoir, il a notamment à l’intérieur son panneau solaire, la connectique, sans parler des affaires de montagne. Par chance, son sac s’arrête 5 à 600 mètres plus bas ; il est quitte pour un nouvel aller-retour …

À demain !